Lancement réussi de PLS 2 au Réfectoire des Cordeliers

            Le deuxième numéro de Place de la Sorbonne est lancé !

            En présence de quelques trois cents personnes venues assister à l’évènement au Réfectoire des Cordeliers en ce lundi 12 mars 2012, la soirée s’est déroulée dans une atmosphère conviviale et raffinée. Après l’arrivée des poètes de la revue ainsi que des invités aux alentours de 18h30, M. Molinié, président de l’Université Paris Sorbonne pour encore quelques heures, s’est chargé d’inaugurer la réception par un discours de portée tout à la fois générale et profonde sur la poésie, avant que M. Frugière, directeur de l’IUFM de Paris et M. Brémesse, président du Crédit Mutuel Enseignant Quartier Latin, ne réitèrent tous deux leur soutien envers la revue et leur foi en sa longévité.

            La parole est ensuite passée à Yann Migoubert, le directeur de la publication, et à Laurent Fourcaut, rédacteur en chef, à qui a échu l’honneur d’ouvrir le bal des lectures, Lionel Ray n’ayant pas été en mesure d’assister à la soirée. Les poètes publiés au titre de l’année 2012 se sont alors succédés sur scène pour lire quelques-uns de leurs textes. Parmi eux les poètes confirmés : Claude Ber pour la rubrique « Vis-à-vis », Marie-Claire Bancquart, Bertrand Degott, Jacques Moulin pour la rubrique « Poésie contemporaine de langue française » ainsi que le jeune poète Marc Durain, Stéphane Padovani, André Orphal, Thierry Renard et Laurent Colomb, qui a gratifié l’assemblée d’une lecture théâtrale de ses poèmes. Ajoutons à ceux-ci la poète hébraïque Rachel, le poète chilien David Rausenman-Taub, illustrant la rubrique « Langues du monde » et le poète belge Jean-Pierre Verheggen, tous trois lus in absentia, et la séance de lecture s’est achevée, comme elle avait commencé, entre les mains de Laurent Fourcaut.

            L’heure est enfin venue d’un buffet-signature convivial où poètes et invités ont pu échanger en toute simplicité, et ce jusqu’à ce que la soirée vienne à son terme.

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« Zone de turbulences », recueil de poèmes d’Abdellatif Laâbi aux éditions de la Différence.

 

            « Prélude ». Voici de quoi commencer un recueil avec douceur. Une mise en bouche, en quelque sorte. Une façon de franchir le seuil du monde poétique, et d’entrer avec sérénité dans le récit qui nous est offert. Une entrée double : didactique, en ce qu’elle explicite la genèse de la création littéraire, et pratique, en ce qu’elle la met en œuvre. Ce « Prélude » inaugure la dialectique assumée entre poème et récit (s’il existe une telle dialectique) qui caractérise le recueil dans son intégralité.

Récit

Poème

Ou les deux ?

On y passe du Je

Au Nous

Et parfois au Tu

            En effet, le livre d’Abdellatif Laâbi, dans la mesure où il est majoritairement constitué de poèmes qui se suivent et se complètent, donne lieu à une dilatation de la voix poétique, qui ne se cantonne plus à une page, mais s’étend sur les suivantes. Il y a dans ce livre quelque chose du conte, qui unifie les divers poèmes vers une fin commune. Un conte des peurs humaines, ou des peurs d’un homme. Pourtant la langue de Laâbi, par sa simplicité et son calme, nous empêche de ressentir de façon trop cruelle ces tensions, et s’efforce de nous les faire effleurer du doigt, tout en nous en protégeant.

            L’énigme de la création, la place de la poésie et du poète dans le monde, « la question insoluble / de l’origine / et de la destination » sont autant d’appréhensions qui peuplent les vers de Laâbi comme elles l’ont fait chez ses prédécesseurs. Mais elles sont ici adoucies par une voix : la voix qui dit ce conte de l’âme humaine, de l’âme poétique, au rythme de phrases simples dont la seule ponctuation est faite d’images éparpillées qui surgissent avec justesse au détour d’un vers.

            Peut-être doit-on la douceur de ce cheminement à ce qu’il s’approche de cette « destination » encore inconnue, au fait qu’il ne cherche plus à résoudre avec ardeur les énigmes de la vie, mais à les apaiser. Apaisé, le déchirement originel entre la mère et l’enfant. Apaisées, les turpitudes de l’adolescence et de l’âge adulte, l’angoisse du hasard qui régit le monde dans l’ « habitacle du vide » qu’est la vie. Apaisée enfin, la peur du poète.

Tout ceci est passé en revue. Tout ceci est passé. La voix semble chercher un ultime accord avec le monde, qu’elle trouve enfin dans le « Finale », où le poète réaffirme sa foi,

Foi en ce monde

ni d’en bas

ni d’en haut

que j’ai souvent tourné

sept fois dans ma bouche

pour me pénétrer

de ses saveurs

            « La meule de l’écriture / a tourné », et il ne reste plus à présent qu’un écho qui prend congé de son œuvre. Les peurs se dissipent. La voix s’est affranchie de son corps, le poète, de la « charrue du hasard » qui le jugulait, et s’affranchit maintenant de son lecteur :

Accalmie

De la partition

effeuillée

par la main de l’ange

notes ténues

du finale

Et en contrepoint

le martèlement incongru

des gouttes de pluie

en plein juillet

 

Colin Guérand

 

 

 

 

Egalement aux éditions de la Différence:

Oeuvres complètes de Jacques Izoard, III Poésies (2000-2008).

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