Soirée de lancement de PLS 4 le 7 avril

 

Affiche-web
Lundi 7 avril, 19h30, Amphithéâtre Richelieu
Soirée de lancement du quatrième numéro de Place de la Sorbonne
avec lectures et rencontres, en présence de plusieurs des poètes publiés dans ce numéro

Lecture de et par : Yves Boudier, Mathieu BrosseauMax de CarvalhoTyphaine GarnierMarina GrigoropoulouJean-Yves Masson, Alena Meas, Rosanna Puyol

 

Place de la Sorbonne est éditée par les Éditions du Relief et distribuée par Vilo. On peut l’acheter dans toutes les librairies au prix de 15 € TTC.

Lieu : Amphithéâtre Richelieu (entrée par le 17 rue de la Sorbonne)

Entrée libre sur réservation obligatoire à : agenda-culturel@paris-sorbonne.fr / 01 40 46 33 72

Yves-Boudier-005Yves Boudier, né en 1951, est poète et critique. Il collabore à plusieurs revues et est président de la Maison des Écrivains et de la Littérature. Il est l’auteur de plusieurs livres de poésie. Le dernier : Consolatio, postface de Martin Rueff, a paru aux éditions Argol en 2012.

 

 

 

w_Mathieu-BrosseauMathieu Brosseau est né le 23 décembre 1977 à Lannion. Il est aujourd’hui bibliothécaire à Paris où il s’occupe du fonds poésie et écritures contemporaines. 

Il a publié dans les revues : Action Restreinte, L’Étrangère, Ouste, Libr_critique, Remue.net, Dock(s), Boudoir & autres, Marelle (revue littéraire) et d’Ici-là, Sitaudis, Owerwriting, Fusées, Ce qui secret, La vie manifeste, etc. Il anime la revue en ligne Plexus-S depuis 2006. Son dernier livre "Ici dans ça" a été publié au Castor Astral (2013).​ Voir son site http://www.mathieubrosseau.com/
Les poèmes de Mathieu Brosseau seront lus par Patrice Cazelles.

 

Max de Carvalho est né 1961 à Rio de Janeiro et vit en France depuis 1970. Il est l’auteur de plusieurs livres de poèmes (Enquête sur les domaines mouvants, Arfuyen, 2007) et de la monumentale Poésie du Brésil, Anthologie bilingue du XVIe au XXe siècle (éd. Chandeigne, 2012). Il a fondé et dirige la revue La Treizième. Il est traducteur, notamment de la sélection de poèmes de Ferreira Gullar figurant dans le PLS 4.

T.GarnierTyphaine Garnier, née en 1989, vit et travaille à Rennes. Elle a rédigé un mémoire de master consacré à l’œuvre romanesque de Christian Prigent. Elle a contribué sur Libr-critique au dossier « Christian Prigent, les aventures d’une écriture »  (2013). Elle chronique à l’occasion pour le site Sitaudis.

 

 

 

GrigoropoulouMarina Grigoropoulou est née à Athènes en 1980. Elle est Docteur ès lettres de Paris- Sorbonne avec une thèse sur Nikos Kazantzaki. Elle a publié le recueil de poèmes Notre jeu (Athènes, Paraskinio, 2007), dont sont tirés les textes publié dans Place de la Sorbonne, traduits par Sofia Chatzipetrou.

 

 

 

Jean-Yves 8_editedJean-Yves Masson, né en 1962, est écrivain, traducteur et critique littéraire. Il enseigne la littérature comparée à Paris-Sorbonne. On lui doit une trentaine de traductions de l’allemand, de l’anglais et de l’italien, surtout dans les domaines de la poésie et du théâtre. Outre un essai sur Hugo von Hofmannsthal, il a publié plusieurs livres de poésie, et vient de faire paraître un roman chez Verdier, L’incendie du théâtre de Weimar.
 

 

 

 AlenaAlena Meas, née en 1976 à Prague, est une jeune poète franco-tchèque qui écrit en français. En 2012, est paru en version bilingue son recueil Piliers, premier ouvrage coédité par les Éditions « À verse » et « Literarni salon ».

 

 

 

Rosanna Puyol, née en 1991, écrit de la poésie, mais utilise aussi le scénario et la vidéo. À côté de l'écrit, elle travaille avec des artistes à l'organisation d'expositions, avec des acteurs et auteurs à des lectures, et avec des amis à la vie de la revue sociale, politique et créative Revers.

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Laurent Fourcaut à propos de deux recueils de Jacques Moulin

JACQUES MOULIN, Entre les arbres, Chavannes-près-Renens (Suisse), Éditions Empreintes, 2012, 91 p. ; À vol d’oiseaux, dessins d’Ann Loubert, Strasbourg, Éditions l’Atelier contemporain, 2013, 88 p.

Jacques Moulin, né en 1949, dont Place de la Sorbonne avait publié des textes dans son n° 2, a fait paraître récemment, coup sur coup, deux livres de poèmes. Lire Entre les arbres, c’est reprendre avec joie conscience que l’objectif de la poésie, ou même sa raison d’être, c’est de reconquérir le réel en lessivant la langue, en la nettoyant de l’aliénation des formes d’une perception domestiquée et donc d’une pensée préfabriquée, galvaudée, formes qui font écran et nous dépossèdent de toute intimité avec la singularité sans nom des choses. Ainsi Jacques Moulin s’efforce-t-il d’abord de capter quelque chose de l’arbre – peuplier, hêtre, mélèze – dans une parole remaniée, reprise en toucher de main, où la découpe tactile du rythme et l’ébranlement de la syntaxe jouent un rôle majeur : « Mon mélèze a de petits toupets / qui s’épointent / à peine / son rameau file flèche badine » (p. 70). L’écueil à éviter est cette tendance du langage à nommer, découper, classer, à mettre son ordre dans le suave chaos du monde : « On forme des reliefs on ferme des niches on stocke des pas on fabrique du troupeau. […] Quand passent quelques signes on n’y voit que du feu des territoires d’incendies. On parie sur la brèche à reprendre. On se cimente l’œil. » (p. 25). Et l’on multiplie « murs bornes normes » (id.). Le poète constate donc pour s’en désoler sa tendance à compartimenter le flux continu du réel : « Tu rêves de fissures et de ciseaux / d’allées fendues jusqu’à l’écart // Tu veux tout détisser / tu divises des cimes dévêts jusqu’au jour » (p. 47). Alors qu’il faudrait « [f]aire face / courir le risque / du dehors / entrer en texture / de toutes [s]es mains » (p. 37). Le choix est entre se calfeutrer dans les contours rassurants de la figure humaine et s’ouvrir à l’illimité, au mouvant, à l’informe : « Se cantonner ou se damner. » (p. 22). Ainsi la poésie de Jacques Moulin, comme une bonne partie de la poésie contemporaine, se constitue-t-elle de s’interroger sur ses enjeux, ses pouvoirs, ses limites, jusqu’à se faire naturellement art poétique, comme dans le texte de la page 23 dont voici les premiers mots : « Au commencement il y a aussi le dit des choses les choses dites pour qu’on les remarque. » L’arbre évidemment montre l’exemple, la voie de la grande lessive poétique : « Tout peuplier / décrasse l’œil » (p. 17). Et parce que lui baigne dans le tacite berceau des choses, il a pouvoir de guérison, puisqu’en dernière analyse nous souffrons d’en être exilés, nous, par la coupure du symbolique : « peuplier / baumier / thérapeutique des campagnes / marcotté bouturé / nos plaies cicatrisées » (pp. 9-10, souligné par l’auteur) ; « L’odeur de résine pourtant / recolle les lambeaux / de mon cerveau / rouillé » (p. 78). Or la leçon est générale et s’étend à la ville. Si « [l]a façade ne chôme pas qui veut poser encore une raison construite » (p. 40), un « déluge » régénérateur – la poussée incoercible des forces vitales – fait que « [l]a cité lacustre reprend ses droits » (p. 43). Poésie, en somme : faire vivre et croître des racines dans le terreau convenablement travaillé de la langue pour y acclimater les arbres, restituer derrière toutes « façades […] le bouillonnement de roches en fusion et la poussée tectonique des cluses » (p. 42).

Quel charme, cet À vol d’oiseaux, avec ses quatre sections, comme les points cardinaux de ce manège que serait le simple éden aviaire : « Cartographie d’oiseaux », « Martinets », « Pies », « L’est où l’héron ». Quelles délicieuses, fraîches, naïves, subtiles, espiègles ritournelles ! C’est le mot, car c’est bien de retours qu’il s’agit d’un bout à l’autre de ce carrousel des oiseaux. Ils scandent le retour des saisons : « Les oiseaux de passage espacent l’habitude / on dit d’eux qu’ils font cycle » (p. 15). « Les martinets sont de retour / J’entends leurs cris au fond d’avril » (p. 48). Leurs mœurs mêmes épousent la boucle : « Après avoir hanté les champs / L’oiseau s’en retourne à la ville » (p. 19). Leur vol aussi bien est foncièrement circulaire. La buse « tourne ses spires » (p. 25). Tel vers-refrain mime en sa rengaine le « Long tournoiement de la corneille » (p. 36). Le martinet « prend son temps / de courbure » (p. 48). Et le « héron tourne en rond / autour du poisson » (p. 70). Or cette affinité profonde des oiseaux avec rythmes et cycles cosmiques vaut invitation à ce que nous nous y conformions à notre tour : « L’oiseau remet nos os / en place // Étirement dans l’étendue » (p. 16). Ils seraient comme la manifestation visible, l’incarnation légère des « flux » tous azimuts qui irriguent le réel et nous traversent donc aussi : « Cartographie d’oiseaux / sous membrane du ciel / à la lèvre des terres // Circulation des flux / jusques en nos dedans » (p. 18). Or nous sommes êtres de langage. Pour se rebrancher sur ces flux, pour mieux les mettre en œuvre, le poète se donne donc à tâche d’en innerver ses textes, de les y courber. De là la forme dominante de ce livre : à côté de poèmes très brefs, intenses arrêts sur image qui saisissent la grâce de l’instant (« Le rouge-gorge / sur l’arbre / argile rouge // En attente de comète » [p. 28]), de quelques poèmes en prose (pp. 26-27, 65, 66), de textes plus longs (pp. 17-18, 47, etc.), le rondel impose son entêtant tourniquet. Forme fixe dont l’origine remonte au XIVe siècle, il a été illustré, entre autres, par Mallarmé et Corbière. Le rondel, construit sur deux rimes, compte deux quatrains et un quintil. Son refrain, constitué des deux premiers vers, qu’on retrouve à la fin de la deuxième strophe, puis du seul premier vers, à la fin de la troisième, incorpore au tissu du texte la valse universelle, l’absence de ponctuation facilitant le mouvement. Aussi bien cette conversion désirée du poème en oiseau se thématise-t-elle : « Ce rondel / Nous redit / Son envie / D’être une aile / D’hirondelle » (p. 51). Même si, comme chez un James Sacré, le poème s’inquiète de n’y atteindre qu’imparfaitement : « Le poème chantourne. Dit-il au bout du compte ce que la buse enferme dans son manège ? Le poème toujours bute sur son froissement d’aile – caresse du rêve. » (p. 26). Échange de propriétés, l’oiseau se fait scripteur, pour mieux rédimer l’écrivain en naturalisant l’écriture, s’il se pouvait : « L’oiseau est pneumatique et écrit chaque jour ses messages de fiente aux paraphes des vents. » (p. 11) « Martinet / ponctuation dérangée / sous le ciel d’été » (p. 47). Cependant, au bout du compte, le poète oscille entre espoir fou de faire taire son texte, toujours finalement de trop dans le « monde muet » qui est « notre seule patrie » (Ponge), et conscience désabusée que « le mot est le meurtre de la chose » (Lacan), ainsi que le dit exemplairement le poème en prose qui confronte « le tube du correcteur » (p. 66), qu’on appelle justement le « blanc », et la pie, que son noir et blanc semble destiner à passer dans le monde du texte : « Le correcteur dépose son blanc avec jacasserie. Efface le monde qui s’écrit. Corrige l’espace. La pie passe blanche et noire. On retend le mot de pie dessus la page. On éteint son bruit. »

LAURENT FOURCAUT

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Deux poèmes de Léa Deschepper

 

Maman

Je suis un peu morte
Maman

J'ai même pas pleuré

Maman

J'ai dit « c'est fini »

Maman

Et j'ai arraché les jours cousus à ma robe

Et j'ai craché les fils au pied du lit

Je me suis dénudée jusqu'au cœur
Maman

Pour fouiller jusqu'à la beauté

 

 

Nue

Je suis nue.

Mes mains trempées dans la peinture, posées sur tes genoux.

On joue.

Je suis nue.

J'ai dans le dos un sac,

Deux lanières de chiffon pour cette vie de papier.
Deux trois livres,
Des mots.
On ne sait jamais.

Si la voiture déboule…

Je suis nue.

Crue.

Éblouie par les phares,

Transpercée par la lumière,
Je m'enfuis.
Et je cours.

Nue.

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Nouveau spectacle de Laurent Colomb

Capture d’écran 2014-01-07 à 22.28.18
 

 

 
 
AUTOCHTONIES de Laurent Colomb et Antoine Denize 
Performance vocale et multimédia sur les formes métissées du français parlé
 
Comment nous perçoit-on dans notre langue et comment celle-ci en sort transformée. C'est tout le sens de ce duo qui mêle animation typographique pour clavier préparé et exploration vocale du français comme épreuve d’intégration. 

Le 21 janvier à La Java, 105 rue du Fbg du Temple, Paris, 20:30, en seconde partie d'une soirée Son Libre.

M° Belleville / Goncourt — 10 €.

En savoir + : http://autochtonies.blogspot.fr/p/blog-page_29.html

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Prochaine soirée poétique de PLS

Les Services Culturels de Paris-Sorbonne et de l'ESPE de Paris ainsi que le comité éditorial de la revue Place de la Sorbonne sont heureux de vous inviter à assister à la soirée de lectures poétiques qu’ils organisent le

Mercredi 4 décembre 2013 à 19h,
au Centre Malesherbes de Paris-Sorbonne, amphi 111

Présentés par Laurent Fourcaut, rédacteur en chef de la revue, des poètes ayant publié dans PLS liront leurs poèmes. Il s’agit de :

Guillaume DECOURT
Michel DEGUY, lu par Laurent Fourcaut
Guy GOFFETTE
Lionel JUNG-ALLÉGRET
István KEMÉNY, lu en hongrois par Eszter Szabó
et en français par son traducteur Guillaume Métayer
Alexis PELLETIER
Ales Steger, lu par Guillaume Métayer
Rosanna WARREN, lue par Catherine Fromilhague

 

Après la lecture, les poètes dédicaceront leurs plus récents ouvrages.

Centre Malesherbes, 108, boulevard Malesherbes. 75017 Paris. M° Malesherbes

Entrée gratuite sur réservation obligatoire : agenda-culturel@paris-sorbonne.fr / 01 40 46 33 72

Cette soirée est parrainée par la CCAS, le Crédit Mutuel Enseignant et la librairie Tschann.

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PLS au Salon de la revue 2013

salonrevue

Venez retrouver Joëlle Gardes, Guillaume Métayer, Yann Migoubert, Jean-Michel Platier et Matthias Vincenot, membres du Comité éditorial, et dialoguer avec eux autour de la revue Place de la Sorbonne. Les trois numéros seront en vente, histoire pour certains de commencer une collection !

Salon organisé par Ent’Revues, le site des revues culturelles.
 

Samedi de 10h à 20h
Dimanche de 10h à 19h30

Entrée libre
Renseignements : http://www.entrevues.org/

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Laurent Fourcaut à propos du nouveau recueil de Bertrand Degott

BERTRAND DEGOTT, More à Venise suivi de Petit testament, Paris, La Table Ronde, 2013, 109 p. ; Plus que les ronces, 32360 Jégun, L’Arrière-Pays, 61 p.

Deux livres de poésie de Bertrand Degott, né en 1955, ont paru coup sur coup cette année 2013 : More à Venise suivi de Petit testament et Plus que les ronces. Ces livres confirment avec force ce que savaient les lecteurs des précédents recueils de l’auteur (qui l’est également d’une traduction des Sonnets de Shakespeare, « mis en vers français » [La Table Ronde, 2007]) : que Bertrand Degott est un des meilleurs poètes lyriques d’aujourd’hui, excellant tout particulièrement dans la veine élégiaque. Ainsi dans More à Venise (placé sous la double invocation de « Shakespeare et Thomas Mann », p. 9), puis dans Petit testament, le poète s’inscrit ouvertement dans une tradition, qui va de François Villon (p. 83, 101-102) à Jean Grosjean (p. 21, 22, 23), lequel accueillit chez Gallimard ses deux premiers livres, en passant par Rimbaud (p. 59), Mallarmé (p. 92) et surtout Apollinaire : allusion au « Pont Mirabeau » (« d’ailleurs l’eau coule et nos amours », p. 10), souvenir de « Clotilde » (rime « l’ancolie » / « la mélancolie », p. 26) et de « Marie » (rime « neige » / « que n’ai-je », p. 65). Cela ne l’empêche nullement de dialoguer – dans la section III de More à Venise – avec les poètes d’aujourd’hui qu’il lit : Jean-Claude Pirotte, Jacques Moulin, Christian Bobin, Josette Ségura, William Cliff, Yves Bonnefoy, traducteur des Sonnets de Shakespeare, Laurent Fourcaut. Une poésie intimement mélancolique qui, l’âge venant, insiste sur la fuite du temps (« Ont jauni les cartes postales / l’encre a séché dans l’encrier », p. 28 ; « Il a fallu trier les choses / et dire adieu août expirant / au jardin dégorgeant de roses [etc.] », p. 86), évoque les pertes multiples, les séparations, les « deuils » (p. 77), et singulièrement le plus blessant, la mort de la mère (p. 28, 68, etc.). Soucieux de bâtir, dans et par sa poésie, un rempart contre « l’inhumanité » (p. 72) de l’époque, Bertrand Degott adopte un ethos de moraliste, mais sur un mode feutré, discret et retenu, doux-amer, sans nulle pose. Parce qu’il « cherche[…] [s]a vérité d’homme » (ibid.), il est naturellement conduit à rassembler les traits pertinents de l’humaine condition au jour d’aujourd’hui et, nouveau Montaigne, passe du « je » à un « nous » qui convie le lecteur à prendre part à « l’ordre immense » (p. 45) en rêvant avec lui « d’osmose / dans un univers par l’amour / réconcilié » (p. 95) : « Il en va de nos vies c’est sûr / comme des voix au téléphone » (p. 58) ; « S’il est tombé bien des branches sur l’herbe / si la neige ne tient que sous zéro / quelque chose de nous toujours hiberne / entre les écureuils et les blaireaux » (p. 71) ; « Parfois quand nous nous réveillons / la vie semble infiniment terne / le soleil n’a plus de rayons… » (p. 100).

Le temps s’en va et mène à la mort (p. 51), c’est entendu. Or il y a une volonté d’adhésion à cet ordre-là des choses : « Je ne veux plus aimer que le passage […] je ne veux // plus désirer qu’infime et transitoire / ce qui m’échappe ou frémit d’exister » (p. 75). Mais l’ordre naturel est subordonné au retour, qui garantit une forme d’éternité. De là la thématique récurrente des saisons et en particulier l’omniprésence, dans ces poèmes, de la végétation, arbres et surtout fleurs, en ce qu’elle est réglée par le cycle mort/renaissance, auquel elle s’abandonne sans retenue, quand l’homme s’accroche à la permanence, en un réflexe justement qualifié d’« avarice » : « Tout reverdit les cerisiers fleurissent / les lilas sont redevenus lilas / l’arbre et la fleur ignorent l’avarice / il n’est d’avare que mon cœur hélas ! » (p. 56). Justement, le poème est là pour assumer en l’incarnant dans son corps propre – strophes, rimes, rythmes – cette forme essentielle du retour : « Chant royal et rondeau ballades / nous rendent sensible au retour / plutôt qu’à la désescalade » (p. 42). Voilà qui justifie pleinement le choix des formes fixes, d’ailleurs traitées avec une maîtrise parfaite : rondeau (p. 56), chant royal (p. 47), en effet, et surtout sonnets (élisabéthains le plus souvent) et ballades avec leur « refrain » (p. 63). Sans doute, comme chez James Sacré, le poème se réfléchit-il parfois, pour s’interroger avec humour sur ses possibles faiblesses (p. 43) ou au contraire les revendiquer (p. 97, 99). Mais au total il assure sa fonction, donner et conserver forme à l’informe mort qui menace : « la nuit mêle son encre au vide / et chaque heure ajoute une ride / au front une ligne au cahier » (p. 103).

Plus que les ronces, fait de très subtils et musicalement fluides quintils d’alexandrins, est tout entier dédié à cette dialectique de l’écriture et de la vie fragile, de « notre impermanence » (p. 46) dont la conscience suscite une profonde « mélancolie » (p. 16, 48) : « Comment approcher du défaut qui fait écrire / sans en découdre avec le silence et le deuil ? » (p. 37). La circularité de la vie et de la mort dans la nature est dite et redite avec insistance : « la mort – c’est un cliché sans doute – est dans la vie / comme aujourd’hui sa cendre [de la mère morte] se mélange aux pierres / tu dis qu’elle est présente, il n’est pas de frontière / ni de mort qu’une renaissance n’ait suivie » (p. 14). Donc, « la mort est dans la vie la vie est dans la mort » (p. 22). Tout se décompose et se recompose autre. La vocation de l’écriture poétique est précisément d’acclimater ce travail de la métamorphose en l’important dans son champ, ou plutôt son organisme propre, pour y bricoler cet ersatz de renaissance qu’est la reprise des êtres et des choses dans le maillage du texte. Car Bertrand Degott sait fort bien qu’un texte est un tissu : « Tout se défait sans cesse on renoue » (p. 54) – comme on ferait d’un tapis noué à la main. Plus net encore, ce quintil que l’éditeur a avec raison reproduit en quatrième de couverture, et qui file la métaphore : « C’est à cela que tu t’emploies dans ces quintils / écrits au fil des jours à repriser reprendre / ce que les jours ont laissé déchiré – le fil souvent casse à l’aiguille du vieil Alexandre [clin d’œil à l’essai de Jacques Roubaud, La Vieillesse d’Alexandre] / tu le renoues, peut-être à ce jeu tiendra-t-il. » (p. 15). Où l’on voit bien que le vers ne ravaude pas seulement les lignes brisées de la vie, mais qu’il commence par en mimer les fractures. De sorte que, dans ce livre, réel et poésie se réverbèrent l’un dans l’autre, en un jeu de miroirs quelque peu baroque : « nous aimerions (Christian [Bobin]) que nos défunts reviennent / avec les fleurs ou qu’ils ne soient pas vraiment morts // la mort ne pèserait même plus le vertige / d’y penser on mourrait comme on coupe une tige / un peu comme une lecture qu’on interrompt » (p. 31). Et pour que le texte remplisse pleinement cet office, il faudrait idéalement qu’il soit capable de donner le change en se faisant plus vrai que nature, qu’on parvienne à faire « du poème une étoffe où la neige est réelle » (p. 36). De là sans doute enfin l’ambivalence du titre (du « Plus que »), qui fait sens. Plus que les ronces : il n’y a plus, dans cette vie où tout vous déchire, que des épines (voir le motif des ronces p. 39, 45, 54). Mais le livre, lui, qui porte ce titre, est davantage que la délétère réalité, puisqu’il ne s’incorpore ces déchirures que pour mieux les réparer.

LAURENT FOURCAUT

 

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colloque « Situations des poésies de langue française »

Un colloque "Situations des poésies de langue française", auquel notre revue a participé en répondant à une enquête d'Anne-Marie Petitjean, PRAG à l'université de Cergy-Pontoise, aura lieu du 29 au 31 mai, à l'Université de Cergy-Pontoise.

PROGRAMME COLLOQUE 29, 30, 31 mai 2013.

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La vidéo de la Soirée de lancement de PLS n°3


Soirée Place de la Sorbonne 16 avril 2013 par scde

Un grand merci à Télésorbonne pour sa précieuse collaboration !

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ERRATUM

Dans le n°3 de Place de la Sorbonne, qui vient de paraître, le texte de l'Entretien avec Dominique Fourcade a été altéré en deux endroits :
* p. 20, le second paragraphe ("Diriez-vous que cela tient…") de la première question à lui posée devrait être en italique.

* p. 23, ligne 5, il faut lire : "Plus directement dit, l'écriture me démasque, et en même temps me déviole [sic]." et non pas "et en même temps me dévoile".
Toutes nos excuses au poète.

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