Jiří Kylián

Informations

Musique Lukas Foss, Gian Battista Pergolese, Alessandro Marcello, Antonio Vivaldi, Giuseppe Torelli
Chorégraphie Jiří Kylián
Scénographie Jiří Kylián
Costumes Joke Visser
Lumières Jiří Kylián

Photo : Ann Ray

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Chroniques des étudiants


Monica Mele

Le dernier spectacle au Palais Garnier en 2016 met à l’honneur le chorégraphe tchèque Jiri Kylian. Le Ballet de l’Opéra de Paris présente trois de ses ballets : Bella Figura, Tar and feathers et Synphonie de psaumes.

Au répertoire du Ballet de l’Opéra depuis 2001, Bella figura a été créé en 1995 pour le Nederlands Dans Theate (NDT). Avec cette création le chorégraphe s’interroge : où commence le spectacle ? Pendant que les spectateurs arrivent et prennent place, des danseurs arrivent sur scène et répètent des pas du ballet ; quand la salle est pleine, tous simplement ils enlèvent les derniers pulls, la lumière s’éteint, et le spectacle commence (ou continue ?). C’est une création régulièrement interprétée : la danse alterne des pas de félins à des mouvements d’automate désarticulé, la scénographie modèle le cadre tout au long du ballet avec les mouvements des rideaux de velours. Le tout sur des musiques de Foss, Pergolese, Marcello, Vivaldi et Torelli.

Dans Tar and feathers (2006), entrée au répertoire en 2016, la pianiste Tomoko Mukaiyama joue un piano aux pieds démesurés, perchée à plusieurs mètres du sol. Mozart côtoie la composition de Dirk Haubrich et l’improvisation live de Mukaiyama. Le ballet alterne pesanteur et légèreté ; le noir s’oppose au blanc, la lumière à l’obscurantisme ; les danseurs nous rappellent un monde animalier, entre le Goudron et les Plumes du titre et ils semblent la résistance de l’air et leur pesanteur.

Atmosphère solennelle pour la Symphonie des psaumes (1978), titre tiré de la musique de Stravinsky. La soirée se clôt avec cette création composée peu après son arrivé au NDT et devenu un pilier de la compagnie : des chaises d’église et un rideau de tapis délimitent l’espace que les danseurs, ici privilège les grands ensemble (16 danseurs), traversent par vagues, bras lancés en avant. La rigidité de la scénographie contraste avec la fluidité des costumes. Ici aussi, il s’agit d’une entrée au répertoire.

Le parcours proposé ce soir montre des facettes différentes du chorégraphe entre classique et contemporain.


Romane Morichon

Le 17 décembre 2017, le chorégraphe tchèque Jiri Kylian présentait trois ballets à l’Opéra Garnier.

Lorsque nous arrivons dans la salle les danseurs sont déjà sur scène. Semblant ignorer la présence d’un public, ils enchaînent les mouvements fluides et gracieux.

« Bella Figura » (1975)
Le rideau se ferme. Sur fond de musique baroque, une danseuse le traverse alors. Buste nu, elle s’enroule délicatement dans l’épais tissu. Son mouvement semble mimer l’éclosion d’une fleur. Paraît ensuite un groupe de danseurs, à demi nu eux aussi, vêtus de jupes rouges en cresson. Leur mouvement rappelle celui des derviches tourneurs. La danse se fait méditation.
Le nom du ballet, « Bella Figura », évoque à la fois la grâce d’un beau visage et le devoir de « faire bonne figure ». La pièce est alors une réflexion sur les masques et le dévoilement de soi. Le feu présent en arrière-plan pourrait évoquer la Caverne de Platon . Les danseurs seraient alors les ombres qui dansent sur les murs d’un monde où tout n’est qu’illusion.

« Tar and Feathers » (2006)
Le rideau s’ouvre et laisse place à la pianiste d’origine japonaise Tomoko Mukaiyama qui domine la scène perchée à plusieurs mètres avec son un piano. Elle entame alors le concerto n°9 de Mozart et le déforme au point d’en faire une nouvelle composition. La couleur a disparu, décors et costumes sont noirs et blancs. Un danseur est allongé, pieds ballants dans la fosse. Il semble se faire symbole de l’exclusion de l’individu par le groupe. Les rapports des autres danseurs sont également violents et les duos se font très vite duels. Ils s’affrontent sur fond de grognements de félin qui fait ressortir toute l’animalité de leur lutte. Résonne alors le poème de Samuel Beckett « What is a word ? » qui évoque l’échec de la parole.

« Symphonie de Psaumes » (1978)
La pièce s’ouvre avec l’apparition d’une cinquantaine de tapis orientaux en toile de fond. Portés par la Symphonie de Psaumes de Stravinsky, 16 danseurs enchainent des mouvements collectifs. Bras tendus, ils paraissent rendre un culte religieux. Au milieu de ce groupe se forment des duos. Les corps s’entrelacent dans un espace clos par les prie dieu comme pour marquer la victoire de l’amour sur la religion. A la fin du chant, les tapis orientaux disparaissent et laissent la scène ouverte vers un nouvel espace que les hommes rejoignent en silence.


Lola Nieddermayer

Avant de prendre ma place pour aller voir Jiri Kyliàn à l’Opéra Garnier, je ne connaissais pas du tout ce chorégraphe, et, bien qu’ayant déjà visité le palais, je n’avais jamais assisté à une représentation donnée en ses murs. La photo d’une silhouette orangée sur le site du spectacle ne me donna pas beaucoup d’indications quant à ce que j’allais voir, mais je notai que la musique était en majorité assez ancienne et allait de l’époque baroque (Pergolese, Vivaldi entre autres) à Stravinski, ce qui promettait un contraste entre la danse contemporaine et la musique. Une fois placée dans une petite loge sur le côté, sous le plafond de Chagall, je pu m’immerger pleinement dans l’ambiance et imaginer ce qui allait se passer. Des danseurs étaient déjà sur scène, et se mouvaient lentement, de façon semblait-il aléatoire. Puis, juste avant le début du spectacle, alors qu’une voix rappelait aux spectateurs de bien éteindre leurs téléphones portables, ils accordèrent leurs gestes aux paroles prononcées, semblant traduire le message.

Dès la première partie, « Bella Figura », l’ensemble me frappa par sa beauté et sa simplicité, sa pureté d’émotion. Sur la musique du Stabat Mater de Pergolese, trois danseurs, un homme et deux femmes, effectuaient des mouvements simples et beaux sur la musique calme et solennelle. L’homme alternait entre les deux femmes, les faisant tourner, les portant parfois, tandis que celle laissée de côté accordait ses mouvements à ceux du couple. Leur danse m’étonnait par leur pureté et par le fait qu’on pouvait y retrouver quelques éléments de danse classique. En y réfléchissant, la chorégraphie datant de 1995, cela n’était pas finalement si étonnant. Puis, sur un adagio extrait du Concerto pour hautbois et cordes en ré mineur d’Alessandro Marcello, l’atmosphère devint un peu plus agitée. Les danseurs ressemblaient à des pantins désarticulés et leurs mouvements devinrent légèrement saccadés, moins souples et légers qu’auparavant. Puis, ce concerto céda la place à deux autres extraits et à une autre atmosphère, qui me sembla hautement symbolique. Sur le magnifique Concerto pour deux mandolines et cordes de Vivaldi et le Concerto grosso n°6 de Giuseppe Torelli, soudain le nombre de danseurs doubla. Ils étaient maintenant vêtus de jupes rouges à crinoline et de hauts beiges donnant l’impression d’une peau nue. Je m’interrogeai beaucoup sur la signification de ce costume. Rapport à la femme, émancipation avec la robe qui semblait sans haut ? Sang avec la couleur de la jupe ? Les danseurs, portant le même costume aussi bien hommes que femmes, dansaient le plus souvent en ligne à ce moment-là, rappelant justement la danse de l’époque correspondant à ces robes. Un feu brûlait au fond de la scène, comme pour rappeler l’idée d’un sacrifice peut-être, idée renforcée par l’écarlate des robes. Deux danseuses, toujours vêtues du même costume, semblèrent effectuer une sorte de cérémonial, s’accrochant aux rideaux de la scène, de la même couleur que leurs jupes, et se laissant tomber de façon langoureuse le long de leurs pans ; et recommençant ce geste jusqu’à être de nouveau rejointes par les autres participants. Puis, pour la fin de cet « acte », les voix du Stabat Mater de Pergolese résonnèrent à nouveau et les danseurs semblèrent retourner à leur calme initial, leur danse revenant à sa lenteur et apparente douceur, mais semblant déjà teintée de ce par quoi ils étaient passés dans ce premier acte.

La deuxième partie, « Tar and Feathers », fut complètement différente et encore plus éclectique. La partie sonore en elle-même aurait mérité une place à part entière ; d’ailleurs, le chorégraphe semblait l’avoir bien compris et une place importante était laissée aux interprètes. En effet, un peu en arrière de la scène, la pianiste devant jouer le Concerto pour piano n°9 de Mozart était assise sur un tabouret d’environ cinq mètres de haut, en face de son piano. En plus de cela, on pouvait entendre des rugissements et des phrases à la signification assez obscure. Les danseurs étaient tout en noir, et au début de l’acte un danseur était allongé seul au bord de la scène, les pieds pendant dans la fosse des musiciens. Il y avait aussi un groupe d’hommes en blanc sur le côté droit de la scène, dansant comme pour illustrer les rugissements qui éclataient au milieu des notes de piano. Finalement, comme une symétrie afin de conclure l’acte, l’homme au bord de la scène fut remplacé par une femme qui vint s’allonger exactement dans la même position.

Pour finir cette pièce en apothéose, rien n’aurait été meilleur que du Stravinsky. Cependant, un Stravinski moins connu car ce n’est pas le Sacre du Printemps ou L’Oiseau de Feu que l’on écoute, mais la Symphonie de Psaumes, d’où le titre éponyme de cette troisième partie. Le décor a encore changé. Cette fois-ci, un accent est mis sur le mur du fond avec des tapis accrochés se chevauchant les uns les autres. Il y a également quatre prie-Dieu alignés face au public. Au début, la danse un peu brutale, rapide et nerveuse, fait justement penser au ballet du Sacre du Printemps. Les danseurs sautent en rythme, la chorégraphie semble un peu plus désordonnée, organique. Puis, cette agitation laisse place à plus de calme et les danseurs dansent en couple et finissent par s’allonger côte à côte, par deux. Finalement, ils se relèvent, dansent seuls tour à tour puis finissent par tous marcher tous à l’unisson vers le fond de la salle. La musique se termine et nous restons avec la vision de leurs silhouettes dans l’ombre et des quatre prie-Dieu baignés par une lumière venant du plafond ; ou peut-être du ciel ? La pièce se termine sur des paroles philosophiques dont il est encore une fois difficile de saisir le sens ; mais cela n’a pas d’importance et ne fait que contribuer à renforcer mon sentiment de questionnement mais aussi de plénitude face à la véritable œuvre d’art qui vient de se terminer devant mes yeux.


Gabriel Regef

Le travail de Jiří Kylián, hautement salué dans le milieu de la danse depuis des décennies, est une valeur sûre du paysage artistique contemporain. Au milieu de son itinérance des corps décloisonnés, le surdoué tchèque a accepté de répondre à l’invitation du Palais Garnier en concoctant un spectacle triptyque.

C’est le 17 septembre que je me suis rendu à la soirée qu’il avait préparée. Au programme : Bella Figura (1995), Tar and Feathers (2006, qui entre au répertoire) et Symphony of psalms, de Stravinsky, pièce de jeunesse (1978).

Dans l’atmosphère survoltée qui précède le début de la soirée, les danseurs de la troupe de l’Opéra de Paris qui interpréteront les pièces dessinent, du plomb de leurs silhouettes nimbées en lumière blanche, des mouvements d’exercice. Présence immédiate aux spectateurs, la grâce de l’entraînement et de la répétition du mouvement est mise à nu. Les corps ne cessent d’occuper l’espace et d’offrir à l’œil le flamboyant de leur production.

Le rideau tombe et nous dérobe à la ritournelle des entraînements. Une tête perce alors dans le pourpre, puis un buste de femme nu. L’impression des côtes sur la transparence de la peau soulignée par l’éclairage direct révèle un corps animal plus que social. En même temps, un assemblage de deux danseurs se forme dans un devenir-animal saisissant. Les membres mêlés sublimés par les jeux d’ombre créent tantôt l’araignée cauchemardesque, tantôt le centipède d’enfer – bestioles des abysses. La question des métamorphoses corporelles qui est portée évacue les tissus sociaux genrés, conventionnels, établis et mixe les danses aussi bien que les membres lorsqu’ils s’unissent. Des couples se proposent et virevoltent dans des étreintes de célébration des membres. Poésie de liberté ; asymptote de l’évanescence. Sublime.

Pour Tar and Feathers, un piano aux pieds géants se campe au fond du plateau projeté à plus de deux mètres de hauteur, avec sa pianiste, Tomoko Mukaiyama, sur une plateforme à laquelle un siège est attaché. Au gré de ses improvisations, le plateau, qui est séparé inégalement entre une partie noire et une partie blanche, permet l’organisation d’une mimétique des danseurs de chaque bord. Celle-interroge sur la transmission, sur l’éducation, sur la liberté et l’autonomie. Là aussi les styles chorégraphiques sont mêlés pour offrir avec un sensible particulier une proximité aux corps nouvelle.

Enfin, le tout se termine sur Symphony of psalms. Se déroule sous le regard des spectateurs une lutte contre le conformisme et les impératifs de la religion. Les couples tentent de s’abstraire des carcans dans lesquels ils évoluent tout en les renforçant. Le rang s’autoproduit comme il génère la dissidence. Laquelle gangrène l’ensemble des figurants dans un élan libertaire destructeurs autant que constructeur. L’idiosyncrasie des courants chorégraphiques frappe ici encore par sa justesse.

En bref, s’il reste quelques places pour aller assister aux dernières représentations, il ne faut pas hésiter. C’est, pour reprendre le mot d’Emmanuelle Bouchez dans Télérama, « flamboyant ».


Yasmine Selmi

Le 17 décembre à 20h a eu lieu à l’Opéra Garnier le spectacle de ballet de Jiří Kylián, un danseur et chorégraphe Tchèque qui s’inscrit dans le sillon de la danse contemporaine.

Ce dernier définit son art ainsi : « Je ne cherche pas à créer un style. Le corps est si riche qu’il ne peut être cloisonné. ». Entre classique et moderne, folklore et danses primitives, le chorégraphe cherche à rapprocher l’image de l’être humain au près du public en exposant les mouvements fondamentaux du corps. Composé de trois grands temps : Bella Figura, Tar and Feathers, Symphonie de Psaumes, le spectacle a été au delà de mes attentes. La salle dans laquelle a eu lieu la représentation était d’une beauté et d’une immensité sans précédant : une grande scène l’occupait, un lustre, composé de cristaux, brillait de mille et une couleurs, sur le plafond figurait les peintures de différents personnages et multiples figures.

Les danseurs et danseuses étaient d’une sensibilité qui nous effleurait et qui provoquait des émotions en nous. Les œuvres musicales douces à l’oreille, quelques fois grinçantes d’humour, nous laissaient entrevoir notre monde et son absurdité. Les trois pièces jouées marquaient la splendeur de l’art, cet art généreux que Jiří Kylián partage avec son public.

Ce spectacle a donc été une agréable expérience. C’était pour moi la grande découverte car je ne connaissais pas cet artiste ni l’art qu’il exerçait.  C’était aussi une occasion pour moi de découvrir la splendeur de l’Opéra Garnier, cet endroit magique qu’on n’a jamais envie de quitter.


Maelys Sierotnik

« Danser, c’est s’interroger, aller au plus profond de soi », disait la danseuse étoile et chorégraphe Marie-Claude Pietragalla. Mêlant vocabulaire de la danse classique et moderne, le travail de Jiří Kylián reprend cette idée en associant la danse aux mouvements élémentaires du corps, à ses élans, à ses pulsions. Invité par l’Opéra national de Paris, le chorégraphe tchèque présente des oeuvres clés et charnières de son parcours créatif. Au programme: trois ballets intimes, riches dans leurs contrastes et leur diversité et tous marqués par le style singulier de leur auteur qui compte à son actif plus de 103 pièces, faisant de lui l’un des artistes les plus prolifiques de la danse contemporaine.

Pour ouvrir le bal, Bella Figura, de l’italien « belle figure », « faire bonne figure ». Un jeu de mot soulevant des questions simples et essentielles: qu’est-ce que le beau, l’esthétisme du corps? Quelle est sa place au sein de la société et face à autrui? Cette oeuvre, entrée il y a quinze ans au répertoire de Kylián, met en scène trois couples de solistes, accompagnés par un ensemble de danseurs évoluant dans un décor minimaliste. Simplement éclairés par la lueur d’un feu ardent, symbolisant les éléments et la vive passion qui s’empare parfois de nous, les danseurs, torses nus et uniquement vêtus de jupes incandescentes de couleur rouge sang, laissent leurs corps se déployer sur les mélodies de Pergolese et de Vivaldi. Notamment à travers cette scène de miroir où Alice Revenand et Laëtitia Pujol se font face, se déshabillent et s’observent, faisant ainsi écho aux propos d’Alain: « Dans la conversation ainsi que dans la danse, chacun est le miroir de l’autre ». Kylián questionne également la sensualité, un thème servit par le dispositif scénique grâce à un clair-obscur digne des compositions du Caravage: les figures en mouvement sont entourées d’un halo lumineux, tandis que le reste de la scène est plongé dans l’obscurité. Un travail minutieux entre lumières et ténèbres qui questionne les codes et les pressions de la société sur le corps, ainsi que la liberté des mouvements.

Le second ballet, Tar and Feathers, l’un des plus récents de Kylián, a fait son entrée dans son répertoire il y a maintenant dix ans. Signifiant littéralement « le goudron et les plumes », en référence à un châtiment corporel remontant à l’époque des Croisades, ce titre a comme point de départ l’humiliation physique et morale. La scénographie, tout aussi minimaliste que la précédente, mais ici plus saisissante, presque lugubre, est marquée par un piano hissé à plusieurs mètres du sol, en haut duquel le Concerto numéro 9 de Mozart est joué par la pianiste japonaise Tomoko Mukaiyama. La voix de Samuel Beckett lisant son poème « Comment dire? » s’élève dans la salle, profonde, âpre, tourmentée. Il y parle de son incapacité à trouver des mots pour exprimer ce qui est essentiel, primordial. Kylián semble alors proposer un autre langage: la danse. Cette pièce est une véritable métaphore de notre existence entre poids et légèreté, inspiré sans aucun doute de son homologue tchèque Kundera. La pièce, rythmée par les improvisations de Mukaiyama, évoque la violence des émotions du corps humain, illustrée par des rugissements inattendus, tout aussi oppressants que libérateurs. On y retrouve le travail omniprésent de Kylián sur le couple, à son apogée dans les prestations de Dorothée Gilbert et Alessio Carbone. La pièce s’achève sur la danseuse Alice Revenand, nommée étoile en 2013, marchant à pas de loup sur du papier-bulle qui éclate sous ses pieds, la faisant sursauter, l’agressant. Une pièce unique en son genre et pour le moins intrigante.

Pour clore la soirée, Jiří Kylián a présenté au public une de ses pièces maîtresses, Symphonie de psaumes, dont la musique éponyme influencée par des psaumes religieux de la liturgie orthodoxe est signée Stravinski. Ici, seize danseurs prennent possession de la scène, la traversent, l’explorent, dans une architecture millimétrée. Le fond de la scène est entièrement recouvert de tapis orientaux. Ce ballet, bien plus vif que les précédents, célèbre la liberté et met en lumière des danseurs qui se rejoignent dans des duos, trios, quatuors, ciselés, effrénés, intenses, dans des étreintes aussi éphémères que passionnelles qui content l’amour de la vie, comme une ode à la liberté.

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