Le Barbier de Séville, Opéra Bastille, 1er juin 2012

Le Barbier de Séville opera buffa en 2 actes, musique de Gioacchino Rossini, livret de Cesare Sterbini d'après la comédie de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, sous la direction de Marco Armiliato et mise en scène par Coline Serreau à l'Opéra Bastille.

 

Il barbiere di Siviglia (1816), en français Le Barbier de Séville, est l'opéra le plus connu de Gioacchino Rossini, sur un livret de Cesare Sterbini. Il est considéré comme le chef-d’œuvre de l'opéra bouffe italien. L'histoire est tirée de la comédie Le Barbier de Séville de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais. La plus classique des fictions d’opéra, l’histoire est celle du vieux tuteur Bartolo qui s’est mis en tête d’épouser sa pupille Rosina. Mais celle-ci aime Almaviva, lequel, avec la complicité du barbier Figaro, se présente sous l’uniforme chez Bartolo, avec un billet de logement. Don Basilio, un jésuite fort suspect, sert alternativement les intérêts du Docteur Bartolo et ceux du Comte Almaviva. Bien entendu, Rosine épousera finalement le Comte, à la barbe de son tuteur, lequel aura même, sans le vouloir, facilité grandement la conclusion des choses.
L’action se déroule à Séville au XVIIIème siècle. C’est un décor digne des mille et une nuits que le spectateur est invité a admiré. Ce qui finalement est assez judicieux vis-à-vis du passé de Séville. Monté sur une plaque tournante, le premier acte commence par la représentation d’un désert caillouteux et d’une tourelle. Il laisse ensuite place à la cour intérieure d’un palais oriental rempli d'escaliers, de rideaux, de coussins, de couleurs et d'arabesques. Lors du deuxième acte la scène tourne pour nous faire apercevoir une chambre remplie de poufs et de tapisseries de couleurs chaudes. Enfin l’opéra se termine par la fuite des amants dans le désert pendant que des palmiers surgissent de terre, tels ceux que le génie de la lampe pourrait faire apparaitre. Les costumes des personnages sont par ailleurs tout à fait en accord avec le décor présenté et sont constitués de tuniques, de pantalons bouffants et de turbans. La seule exception concerne la première apparition de Figaro : un chapeau parapluie sur la tête, une longue veste bleue, une tunique verte et un pantalon rose, le tour orné de pierres précieuses en toc, ce qui donne au personnage un petit coté vendeur ambulant de camelote qui s’applique très bien au personnage. C’est d’ailleurs à mon sens une des bonnes idées de la metteuse en scène.

Coline Serreau n’en est en effet pas à sa première collaboration avec l’Opéra National de Paris. On se souvient de son interprétation de Manon au mois de janvier de cette année qui avait été plus que controversée. Elle réinterprète ici à sa façon l’opéra-bouffe de Rossini, mais avec beaucoup plus de retenue que ces autres spectacles, accompagnée du chef d’orchestre Marco Armiliato et d’une distribution brillante dont l’Opéra National de Paris est un des seuls à pouvoir présenter, et qui comprenait entre autres Lawrence Brownlee (qui remplace exceptionnellement Antonino Siragusa, malade) dans le rôle du comte Almaviva, Karine Deshayes dans le rôle de Rosina et Tassis Christoyannis dans le rôle de Figaro.
C’est donc avec beaucoup plus de légèreté mais toujours autant d’inégalité qu’elle travaille l’atmosphère allègre du Barbier. Les inventions scénographiques concernant Figaro sont très drôles, et mettent tout à fait en valeur le coté débrouillard et arnaqueur du personnage. Le long solo de Figaro lorsqu’il parle de son activité autour d’une maison de poupée est à mon sens également très bien réalisé. Par ailleurs la présence d’un chœur dont la gestuelle est très travaillée rappelle l’atmosphère des comédies musicales, dont l’opéra bouffe de Rossini n’est pas très éloigné, ce qui permet très subtilement d’insuffler un air de renouveau à l’œuvre du XIXème siècle. Enfin je dois souligner la très bonne idée de Coline Serreau concernant Rosina : au début de la pièce elle est camouflée dans un costume très large qui la cache entièrement, et elle se déshabille progressivement à mesure qu’elle se libère de la tyrannie de Bartolo, permettant au spectateur de réfléchir sur la condition de la femme. En revanche quelques autres détails m’ont plus interloquée. Lors du solo de Berta, celle-ci commence une sorte de danse à mi-chemin entre un rap et du hip-hop, casquette et gestes à l'appui. Elle n'a certes pas une voix exceptionnelle mais on ne l'écoute même plus tant on regarde son attitude, ce qui est très dommage. Enfin je dois souligner que le remplacement du comte Almaviva à la dernière minute m’a probablement évité une horrible scène de clôture où Armiliato jette au Comte une balle de foot qu’il attrape, déchirant sa tunique et faisant apparaître un maillot bleu de foot affichant le numéro dix. Il s’agit donc à mon sens d’une proposition totalement ambivalente de la part de Coline Serreau, oscillant entre le kitsch et la subtilité.

Concernant le jeu des acteurs, il est malheureusement noyé dans l’immensité de l’opéra Bastille, tout comme les musiciens. Cependant je dois souligner la belle performance de Tassis Christoyannis qui tire littéralement la pièce vers le haut, à la fois par sa voix et par son jeu. J’ai également particulièrement apprécié  Maurizio Muraro dans le rôle de Bartolo dont la voix de basse empli Bastille. Avec sa carrure, on voit bien le grand patriarche dans la force de l’âge, non pas vieillissant mais pleinement en pouvoir de ses capacités. Son jeu d’acteur ne l’affiche pas en bouffon qui subit mais en homme malin qui fait tout pour sauver ses intérêts. En revanche j’ai un avis plus réservé sur la prestation de Karine Deshayes : si Coline Serreau lui a réservé des actions superbes pour faire rire le public, elle n’habite pas la scène autant que je l’aurais imaginé ou aimé. De même pour Lawrence Brownlee, dont la voix chevrotante fait pâle figure à côté des autres hommes, même si son interprétation de Pace e gioia sia con voi est hilarante. Cependant il faut souligner que sa prestation était tout de même admirable pour un remplacement de dernière minute. – Cécile Bulle


Gioacchino Rossini est presque tombé en dépression suite à la première infortunée du Barbier de Séville à Rome le 20 février 1816. Mauvaise chance ou sabotage, le sort de l'opéra fut un autre à partir de la seconde représentation. Le succès totale qui s'avère jusqu'à nos jours. En effet, le Barbier de Séville est probablement l'opera buffa le plus joué dans le monde. Sa musique n'a rien perdu en fraîcheur ni en gaîté en presque 200 ans. Pour la 79e représentation de l'opéra dans cette mise en scène signé Coline Serreau à l'Opéra Bastille, le ténor Antonino Siragusa a dû être remplacé par Lawrence Brownlee. Première péripétie d'une soirée pleine d'humour et de contre-sens mais surtout de musicalité et d'entrain.La place iconique de cet opéra dans le genre comique du monde lyrique est certainement à la fois une avantage et un défi pour les metteurs en scène et les publics. La musique qui est d'une inventivité et diversité mélodique éblouissante pose moins de questions à nos oreilles que le sens du drame et l'adaptation scénique de la comédie de Beaumarchais posent à l'intellect. Transposée à une Séville mozarabe et non baroque, la mise en scène de Coline Serreau est le rêve romantique orientaliste du 19e siècle devenu réalité. Les décors de Jean-Marc Stehlé et Antoine Fontaine sont somptueux, riches en couleurs et en détails. La mise en scène est d'une telle beauté sensorielle qu'elle arrive à paraître idéale. Jusqu'à ce qu'on se rend de compte du fait qu'elle s'en fiche du phénomène historique : elle pimente le drame autant qu'elle le nuit. Heureusement il s'agît d'un opéra comique qui ne se prend pas trop au sérieux, ni à son public, et dont l'absurdité fait partie de son charme. Les costumes d'Elsa Pavanel vont dans la même ligne, la plupart sont d'inspiration mozarabe mais elle a choisi d'inclure des éléments ultra-contemporains censés être comiques. Ceci s'ajoute au charmant chaos de cette représentation dont la musique sera la seule véritable étoile.
L'orchestre a beaucoup de sensibilité et de précision dès la célébrissime ouverture. Celle-ci fut jouée de façon légèrement ralentie, ce qui a crée une atmosphère dramatique qui a permis de montrer habilement une maîtrise instrumentale et des contrastes bien nuancés sous la direction de Marco Armiliato. L'entrée sur scène de Tassis Christoyannis en Figaro avec l'air Largo al Factotum a été très vivace et pleine d'humour. Ce n'était pas pourtant son interprétation la plus tonique. En fait, l'orchestre a montré tout son brio et sa brillance, beaucoup plus de ce que Figaro a montré en charisme. Correcte du point de vue vocal, mais faible dans sa conception du drame, ce factotum a fait de son manque d'air un fait comique, et sa diction particulière allait dans le même sens. Il a gagné en véracité au cours de la soirée et il a montré son talent de comédien comme personne d'autre dans l'opéra. Dans ces duos avec le Comte et Rosina il a été un superbe accompagnateur.

Karine Deshayes dans le rôle de Rosina entre en scène avec l'air « Una voce poco fa ». Elle se montre agile dans sa colorature et son sens de la comédie paraît sincère quoi que un peu affecté. Dans son duo avec Figaro au premier acte elle montre brillamment sa maîtrise du style Rossinien,  avec sa candide clarté vocale et son chant joyeux. La performance de Carlo Cigni dans le rôle de Basilio fut un tour de force, sa voix puissante et élégante était presque séductrice, et ce malgré l'aspect malin et caricaturesque de son personnage. Sa représentation a été pleine de brio et de caractère.
Maurizio Muraro dans le rôle de Bartolo a fait preuve d'une immense agilité vocale et d'un aigu limpide. Ses modulations sensibles semblaient être sans effort mais les variations de ton n'ont pas été toutes précises. Cependant son interprétation fut un véritable succès, un bel et bon équilibre de puissance vocale et d'intelligence dramatique. La technique et le charisme de Jeannette Fischer en Berta ont fait de son seul air un moment de haute vivacité qui a été très apprécié par le public.Le ténor américain Lawrence Brownlee en Comte d'Almaviva fut une très agréable surprise. Un beau mélange de tendresse et chaleur avec une colorature solide et naturelle, sa maîtrise du Bel canto est exaltante. Son charisme ravissant et sa grande prestance sur scène ont fait de son Comte un personnage d'une élégante simplicité et grandeur subtile. Peut-être un peu trop gracieux pour la mise en scène exubérante et irrévérencieuse…  Au final, le talent musical et comique de Rossini le compositeur a été représenté de façon magistrale par un orchestre brillant et des belles voix pleines de verve. – Sabino Pena Arcia

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